Développer une pellicule noir et blanc

Cuve paterson pellicule spire développement photo
Après avoir brûlée sa pellicule, tout amateur de photographie aura à cœur de le développer lui-même. Vu la facilité de la chose en noir et blanc et les prix exorbitant des labos, pour des résultats pas toujours probant (j’ai peut être de mauvaises adresses, mais très peu de monde est capable de me proposer un traitement poussé correct…). Et puis c’est assez amusant et le sentiment d’accomplissement est important : vous révélez vous même la qualité de vos prises de vue. Un film, c’est sacré : on ne le met pas entre toutes les mains !

Aujourd’hui, nous allons développer un film FP4+ dans de l’ID-11. Attention : les valeurs indiquées ne sont valables que pour les conditions spécifiées ici ! Je conseille aussi de lire cet article dans son intégralité avent de se lancer dans le développement de sa pelloche.

Un peu de théorie avant tout !

Le film a été exposé. (Vous avez pris des photos) Techniquement, en exposant la surface sensible à la lumière, on fait réagir les grains d’argent qui « amorcent » leur transformation en particules d’argent. On parle d’image latente. Pour le moment rien n’est visible et la pellicule est toujours sensible à la lumière. On va donc « amplifier » cette réaction et transformer complètement les cristaux d’argent frappés par la lumière en grains visibles, c’est l’étape de révélation. Pour éviter de faire réagir tous les grains d’argent, surtout ceux qui n’ont pas été insolé on procède à un bain d’arrêt, qui arrête l’action du révélateur. à ce stade, la pelloche est ENCORE sensible aux rayons lumineux. Les grains d’argent encore sensibles doivent être éliminés pour « stabiliser » l’image : c’est l’étape de fixage. Un bon rinçage, un coup de séchage et le tour est joué !

Récap’ : les étapes de développement de votre pelloche n&b

Attention, pour la couleur c’est sensiblement plus compliqué…

  1. Révélateur
  2. Bain d’arrêt
  3. Fixateur
  4. Rinçage

Les bains de chimie

Avant toutes choses, il est obligatoire de préparer les différents bains de produits chimiques, qui à base d’hydroquinone et de génol, qui à base d’hyposulfites… En noir et blanc, on a obligatoirement deux bains à préparer (en fait trois, mais on se débrouillera avec les moyens du bords) : le révélateur et le fixateur.
Pour les recettes, suivez le mode d’emploi fournit, chaque formule de développateur (oui, ça se dit) étant unique.
En général, je choisis du révélateur en poudre (qui se conserve indéfiniment tant qu’il n’es pas dilué et qui tient peu de place) que je prépare au dernier moment. Je prévois 1 litre de solution, ce qui est pratique à conserver en bouteille et qui permet de révéler plusieurs films en une seule fois, selon la taille de la cuve. Pour le fixateur, je fais de même avec une solution liquide standard pour film et papier.

Pour le bain d’arrêt? Je pratique un rinçage à l’eau claire, mais il est plus indiqué de préparer un bain d’eau vinaigrée. Avec du vinaigre blanc, de préférence. Les proportions doivent tourner autour d’un volume de vinaigre pour 9 d’eau… à vérifier.

Le rinçage se fait à l’eau claire.

On commence?

Oui, vous devriez être prêts. On sort la cuve de traitement : une cuve Paterson, une spire (ou plus selon le nombre de pellicules à traiter), le film, une paire de ciseaux, un tire-amorce ou un décapsuleur. Il y a deux manière de procéder : ressortir l’amorce de la pellicule avec le justement nommé « tire-amorce » où décapsuler la cartouche, de la même manière que votre soda favori. Personnellement, j’arrache l’enveloppe métallique de la cartouche de film, mais il faut faire attention aux bords coupants qui apparaissent. Cela se fait dans le noir complet d’une chambre noire. Une pièce sans fenêtre, sans raie de lumière sous la porte, rien. Il faut du noir absolu pour sortir la surface sensible de sa cartouche. Pour s’assurer qu’une pièce est bien « noire », enfermez vous-y quelques minutes, vos yeux s’habitueront à l’obscurité et vous verrez bien si la pièce est effectivement une chambre noire.

Et la lumière rouge qu’on voit au cinéma ?

On appelle ça de la lumière inactinique. L’inactinisme est relatif, puisqu’il désigne une lumière dont la longueur d’onde ne fait pas réagir une surface sensible. En bref, ça dépend de la sensibilité du film ou du papier. Actuellement les pellicules sont sensible à toutes les lumières, mais pas les papiers. Le rouge ne faisant pas réagir le papier photo, on en profite pour les tirages. Et donc pour mettre une pelloche en cuve, c’est le noir complet.

Noir c’est noir…

On s’y fait vite. Après une petite douzaine de films, on le fait les yeux fermés. Commencez par faire une fois la manip’ en pleine lumière avec une pelloche vierge que vous allez sacrifier. (Pauvre martyr ! Ne vous en fait pas, ce sacrifice n’est pas vain ! Il vous permettra de moins avoir de problèmes par la suite)
Une fois la pellicule sortie de sa cartouche métallique, on découpe l’amorce et au besoin, on taille de petits biseaux sur le début du film afin de faciliter l’insertion dans la spire auto-chargeante. Chargez la pelloche sur la spire en lui imprimant un mouvement rotatif. À la fin de la bobine, découper le film au plus prêt de l’axe : les dernières prises de vue peuvent être très proches. Montez la spire sur l’axe de remplissage, puis mettez le tout dans la cuve. Ajoutez le premier couvercle, puis le second pour fermez la boîte.

Ça ne rentre pas du premier coup? Relax, vous êtes dans le noir, respirez un grand coup et recommencer à partir de là où a ne va pas. Le temps importe peu, seul la lumière peu avoir une incidence…

Retour à la lumière !

On peut ensuite rallumer ou sortie de la chambre noire, la cuve Paterson est absolument étanche. Direction la labo (la salle de bain fait bien l’affaire avec ses arrivées d’eau multiples). Avant de remplir la cuve de révélateur, on va prendre la température.

Que Calor !

Le bain de révélateur est l’étape la plus critique du traitement chimique de la surface sensible. La concentration en agent développateur (fixée plus haut lors de la dilution), la quantité de film à traiter/déjà traité et la température jouent un rôle TRÈS important dans la transformation des grains d’argent et doc dans l’apparition de l’image sur la pelloche. Selon la température bain durera plus ou moins. Pour notre couple pellicule FP4+ et révélateur ID-11 neuf (tout juste préparé) et à une température de 20°C, le bain de révélation durera 08 minutes et 30 secondes.

Temps  développement chrono durée pellicule rempérature révelateur

Le temps de développement, dépends de la température

Si par exemple, la température ambiante (et celle des bains) était inférieure, autours des 18°C, il faudrait révéler la pellicule 10 minutes et 30 secondes. Pour plus de précision sur les différents temps, référez vous à la notice de votre révélateur.

Bon, on révèle…?

Yop! Lancez le chrono ! (une montre/horloge avec trotteuse fera l’affaire pour ceux qui se la jouent à l’ancienne et savent encore lire l’heure sur des cadrans à aiguilles) On verse le révélateur dans la cuve Paterson en enlevant uniquement le premier couvercle, celui qui retient les liqudes. (Attention, les petites contiennent moins d’un litre et les grandes nécessitent plus d’un litre pour traiter jusque 8 pellicules en même temps. Voyez le fond extérieur de la cuve qui vous donne les indications nécessaire.) Procéder à des retournements de cuve la première minute, puis retourner pendant 10 secondes toutes les minutes. De préférence, retournez au-dessus d’un lavabo, chez Paterson l’étanchéité est parfois relative…

Retournement agitation cuve Paterson développement pellicule film photo

Bien retourner sa cuve Paterson est important pour le développement de sa pellicule.

Stop! Le bain d’arrêt.

&Agrave la fin du temps de révélation, on garde le révélateur pour plus tard, en dilution « stock », il permet de traiter jusqu’à 10 films 36 poses. ça serait dommage de le bazarder tout de suite. On rempli la cuve avec le bain d’arrêt ou avec notre eau vinaigrée. Quelques retournements pendant une grosse trentaine de secondes suffisent puisque cette étape à pour but d’acidifier le film, ce qui stoppe l’action du révélateur qui lui est basique (si les chimistes seuls on suivit, c’est pas grave). Comme dit plus haut, je le fais à l’eau, C’est « moins » intense comme arrêt, mais ça rince bien le film et enlève le révélateur et c’est le minimum syndical.

On va vite être fixés

Le résultat est proche, un peu de patience… On peut également conserver le bain d’arrêt, en lui ajoutant quelques gouttes de vinaigre régulièrement pour le renforcer, mais au pire, c’est pas ce qui coûte le plus cher. On remplit la cuve de fixateur et on retourne 10 secondes toutes les minutes. Selon le fixateur, on fait durer ce bain 5 à 10 minutes. N’hésitez pas à prolonger, surtout si vous développer une T-max. Dans ce cas, doublez le temps de fixation, sous peine d’obtenir un film violet. Ce bain est important puisqu’il « lave » la pellicule de ses grains d’argent qui pourraient encore réagir et donc parasiter l’image, mais pas critique. Un bain de fixateur en fin de vie peut durer facilement 20 minutes. On le conserve pour autant de film que le révélateur sachant qu’il peut potentiellement traiter un petit peu plus de films.

Après tout ça, je suis rincé !

Vous, peut être, mais le film non ! Là encore plusieurs méthodes de lavage : soit 30 minutes en eau continu (un mince filet d’eau qui coule) en utilisant un tuyau qui se fixe au robinet, soit en rinçant … de manière « économique » (c’est ce qui se dit). Ce type de lavage implique des remplissages successifs de la cuve entre lesquels ont pratique ce geste qui vous est désormais familier du retournement. En pratique, on remplit d’eau une fois. On vide. On re-remplit. On retourne 10 fois. On re-vide. On remplit à nouveau. On retourne 20 fois. On évacue l’eau… Bla, bla, bla… On ajoute 10 retournements à chaque remplissage. On arrête à 50 retournements révolus. C’est (presque) fini ! Ensuite, ma méthode perso consiste à remplir une dernière fois et laisser traîner entre 10 minutes et une demi-heure dans la salle de bains, mais c’est en option selon ce que vous avez à boire dans le frigo…

Séchage?

Pas encore, fils. D’abord on rempli la cuve d’eau déminéralisée. Pour éviter les traces au séchage. On ouvre la cuve. Les 2 couvercles. Les fabricants vous diront diront d’ajouter de l’agent mouillant, mais une goutte de liquide vaisselle le remplace au pied levé. Sortez puis rentrer précautionneusement la spire plusieurs fois de la cuve pour dissoudre le liquide vaisselle sans le faire mousser. On peut démonter la spire et mettre le film à sécher. Pour cela pendez le à un clou en utilisant un trombone comme crochet passé dans les perforations. Un autre crochet lesté en fin de film tendra la pellicule. Elle peut désormais recevoir le qualificatif de « négatif ». Avant de laisser sécher, on évacuera le surplus d’eau soit avec un peau à carreaux, ou à défaut en essorant avec l’intérieur de l’index et du majeur préalablement rincés dans la cuve. Laisser sécher dans un endroit plutôt chaud si possible et peu poussiéreux

Pellicule séchage négatif trombone pendre

Système D et trombones sont efficaces pour sécher une pellicule

Si des traces de coulés d’eau apparaissent après séchage, on peut délicatement souffler dessus afin de provoquer de la buée dessus puis délicatement frotter le film avec un chiffon doux et sec.

Négatif chef !

Il ne reste plus qu’à stocker/archiver vos négatifs jusqu’à ce que vous vous en serviez. Découpez le film par bande de 3, 4, 5, ou 6 images selon la longueur de vos pochettes à négatifs ou de la barrette porte-film de votre scanner. La solution (temporaire) du pauvre (qui dure pour certains de mes films depuis une décade) est de conserver les négatifs dans une pochette de papier faite de manière artisanale en pliant une feuille de papier machine A4. Si vous noter des choses sur cette pochette, faites le sans les négatifs, la bille abîmerai la pelloche à travers le papier.

Ça s’est bien passé ? Oui ? Du coup vous voulez recommencer ? Bien, allez brûler de la pellicule, ça vous fournira la matière première !

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